Rencontre avec Nicolas Houguet

Bonjour !

Juste en face, Nicolas Houguet. C’est l’albatros. Il s’échauffe. Petit à petit, il secoue ses grandes ailes. Bientôt, il quittera la maladresse et ses pieds palmés. Il rejoindra son milieu naturel, là où il règne avec humilité. Il prend de la vitesse, sourit, le déclic, c’est l’envol. Nous décollons. Installés sur son dos, dans une boite à sardines, accrochée là pour l’occasion, nous partons en voyage. Tout au long du périple, il veillera à nous tenir suspendus dans la magie de son monde aérien.

D’abord, des images diffuses, vagues. Où nous embarque-t-il ? Les scènes défilent, il se confesse, nous montre ses paysages. Celui de son enfance, son enfance de salade, pendant laquelle il aurait souhaité s’effacer quand les autres ne voyaient que lui. Il nous montre en un battement d’aile jusqu’où remontent les racines. Des pastiches, du dessin puis des poèmes, des nouvelles. Imiter puis écrire, trouver sa langue. S’inspirer, de Baudelaire, qui a trouvé les mots, de Jim Morrison, posté, tel un passeur, au carrefour des arts. Découvrir des contrées en soi, se surprendre. Surmonter sa timidité. Maitriser enfin un petit monde, écrire les questions et les réponses, réparer la vie.

On est seul face à la blancheur du ciel. S’envoler, se perdre en écrivant, c’est à la fois très égoïste, mais aussi infiniment généreux. On part de soi, bien sûr. Un grand montage de notre ressenti, de nos lectures, de nos cultures et influences. On parle de ce qu’on aime, parce qu’on veut que le monde entier le sache. L’albatros aime parler des gens. Soit. Alors il enregistre le monde, tel qu’il le voit. Ses yeux, deux petites caméras ; son cerveau, un point de vue, un angle. Il cherche le reflet des autres en lui. Pour pouvoir en parler, le dévoiler. Et les autres, quand ils l’écoutent, se disent que c’est exactement ça. Je ne l’aurai pas si bien dit. Alors c’est ça, qu’on ressent, quand on écrit ? On est pris dans un élan, une tempête, un courant éphémère ? Ecrire, c’est comme méditer, ça nous rapproche de l’essentiel, c’est agréable. C’est comme une performance sportive, c’est actif, on donne tout, d’un seul coup de poing. Les mots sont au tapis. Un petit miracle. Je suis totalement d’accord. Et là, à partir d’un seul individu, en un coup de vent, on en a touché des dizaines. On s’est reliés. La culture devrait être une fête, une réunion, dit-il. On devrait tous partager nos ressentis, nous nourrir la tête les uns, les autres. Car tout le monde est intéressant.

Tellement intéressant, l’albatros, qu’il nous fait rester. (« Mais ils sont fous ! »)

Optimisme, sincérité, curiosité. Oisillons, l’albatros nous emmène dans de jolies contrées. Il nous arrache de ce monde saturé de vacarme. On part en vacances. On se perd, on rêve. Imaginons un futur de progrès, porté par le vent de l’espoir, écologique, humaniste, multiculturel. Perdons nos habitudes, retrouvons nos yeux d’enfants, notre monde merveilleux. Nuançons nos colères, parlons de ce qui nous fait vivre et pas de ce qui nous pourrit.

Fanny Martinot-Lagarde

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